Il y a peu, une personne de Ribeauvillé ma accosté dans la cour du presbytère pour me demander quest-ce au juste que la Raydt ?, me suggérant de répondre dans notre revue Présence.
Les paroissiens ont déjà vu les membres de la Raydt portant fièrement leur cape rouge, brandissant de grandes hampes avec les bannières de procession lors des grandes fêtes et des événements exceptionnels de la paroisse.
Cest ainsi quils étaient bien là lors de ma prise de fonction le dimanche 6 décembre 1998. Le dimanche qui suit la Fête des Ménétriers, ils sont également de la procession qui monte au Pèlerinage du Dusenbach.
Rappschwihr est ainsi la seule et dernière paroisse parmi toutes celles de la moyenne Alsace à avoir conservé jusquà ce jour sa Confrérie de la Raydt.
Mais quest-elle au juste ?Au delà de ce témoignage ancien, et nous appuyant sur un vieil article du Père Paul Linck, commençons par faire... un peu dhistoire.
Aux 15 et 16èmes siècles, nous trouvons la Confrérie de la Raydt dans toutes les villes et bourgades de quelque importance de la moyenne Alsace.
À Ribeauvillé, la Raydt est évoquée dans un vieil écrit daté de 1326.
Aux dires du Père Linck, les archives paroissiales, aujourdhui confiées aux Archives Départementales à Colmar, possèdent encore aujourdhui une vingtaine de documents qui parlent ou font allusion à la Raydt.
Sont particulièrement remarquables deux parchemins des années 1494 et 1513 qui nous relatent les statuts de la Raydt de lépoque...
À propos du nom : RAYDT, Reidt !
Cette désignation aux orthographes les plus diverses dans nos sources, semble liée à un mot allemand du Moyen-Âge, REITEN qui signifie faire les comptes, calculer, rendre des comptes à quelquun.
Une vraie Confrérie
Dans le document de 1494, Wilhelm de Ribeaupierre se désigne lui-même comme un mitbruder, un confrère de la Raydt. On ne parle jamais de membre, mais de confrère et de consur. Cest quune Confrérie nest pas une réalité vide de sens.
La Raydt est comme une grande famille.
Chacun verse son écot pour permettre à la Confrérie de faire face à ses obligations, mais en contrepartie, celle-ci se soucie également de chaque frère et soeur. Une solidarité imposée par les nécessités du temps, alors que commencent à peine à naître les Corporations qui porteront souci de leurs membres, en attendant la sécurité sociale, les assurances etc...
Par ailleurs, lorsque la Raydt contribue financièrement à lentretien de la maison de Dieu, lorsquelle fait chanter les louanges de Marie, lorsquelle soutient les pauvres, elle le fait toujours au nom de chacun de ses frères et surs ; cela se passe comme si chacun dentre eux avait agi personnellement.
Chacun, chacune verse sa cotisation pour lentretien de léglise, pour la beauté et la dignité du culte, mais également pour aider ceux qui sont dans le besoin et dont, à charge de revanche et si nécessaire, on espère appui et soutien ultérieurement.
La Confrérie assure également de dignes obsèques à ses membres , et maintient sa sollicitude envers les défunts grâce aux prières, aux bonnes oeuvres et les messes quelle demande pour eux.
Concrètement, comment la Raydt a-t-elle vécu son programme ?
À Dieu honneur et adoration . . .
Conformément à la devise de Jeanne dArc, il est impossible de se représenter une Confrérie du Moyen-Âge sans obligations strictement religieuses, comme la confession, la communion à certaines fêtes, la participation à la sainte messe, la pratique de prières et de dévotions. Tout ceci peut paraître bien formel, mais avait pour but de disposer le confrère ou la consur de la Raydt à se tourner vers Dieu et les autres, à faire de cette attitude spirituelle le cur de sa vie.
À la Vierge Marie, louange et vénération . . .
Au Moyen-Âge, tout croyant est marqué par sa profonde vénération envers la Vierge Marie. Lautel de la Vierge dans léglise paroissiale était celui de Notre Dame de la Raydt et se trouvait encore en 1940 à lactuel emplacement de lorgue de chur comme en témoignent de vieilles photographies
Très tôt chaque matin, le prêtre de la paroisse qui avait en charge la Raydt, célébrait au nom de la Confrérie la messe de 6 heures à lautel dédié à la Vierge.
La fête de lAssomption de Notre Dame est la grande fête patronale pour la Raydt et, de ce fait, elle est célébrée avec grande solennité.
Pendant tout le carême, grâce aux soins de la Confrérie, une maîtrise de jeunes garçons faisait retentir en lhonneur de Marie, les louanges du Salve Regina, qui sélevait ainsi sous les vénérables voûtes de léglise St Grégoire.
Une substantielle contribution à lentretien de lÉglise
Là nous manquent les précisions. Cest vraisemblablement au moment des Assemblées Générales du 15 août que devaient se prendre les décisions concrètes, en fonction de la trésorerie de la Confrérie et des besoins matériels de la Paroisse.
De toute façon, les membres de la Raydt se faisaient un honneur de porter le dais du Saint Sacrement ainsi que les bannières, le jour de la Fête-Dieu, tout comme ils veillaient à lentretien de ces objets.
Le deuxième commandement est semblable au premier...
Assurer la louange du Seigneur sans prendre en compte la misère du prochain est contraire à lesprit de lÉvangile.
Ce souci est une constante dans la Raydt, par rapport à tous les pauvres mais également et dabord par rapport à ses propres membres dans lépreuve. En cas de maladie, confrères et consurs nécessiteux obtenaient laide pécuniaire nécessaire. En cas de longue nécessité, la Raydt pouvait consentir à des prêts sans intérêts.
Pour les pauvres en général, la Raydt assurait certains jours une distribution de nourriture ou même dune certaine somme dargent.
La très riche Confrérie de la Raydt de Sélestat assurait même des bourses aux jeunes gens qui voulaient devenir prêtres, religieux ou se former pour une autre profession.
Était-il nécessaire dapporter le St Viatique à un malade, cest encore la Raydt qui veillait à ce que cela se fasse au mieux et le plus dignement possible.
On est et reste Confrère jusque par-delà de la mort...
Lorsque meurt un confrère - une consur -, on sonne la grande cloche - dailleurs appelée, cloche de la Raydt. Et chaque membre, en entendant la cloche, est appelé à prier pour le Confrère décédé.
La Raydt veillait également à la solennité et la dignité des obsèques.
De même, elle assurait à chaque membre défunt une messe chantée, célébrée pour demander son salut .
Quatre fois dans lannée devait être célébrée une grand-messe solennelle pour les défunts ainsi que le 22 août, jour octave de lAssomption. Bien entendu, tous les membres se faisaient un devoir dy participer pour intercéder pour leurs défunts.
Une organisation bien établie...
Comme toutes les Confréries et Corporations du Moyen Âge, celle de la Raydt était régie par des règles soigneusement établies qui fixaient les compétences, les honoraires pour les prêtres, sacristain, enseignants, petits chanteurs jusque dans les moindres détails. À la tête de la Confrérie il y a un Raydtschaffner un Grand Maître assisté de Raydtmeister , de Maîtres . Ils forment le comité de direction qui prend les décisions concernant la Confrérie comme le faisait jadis lAssemblée Générale du 15 août et assure la gestion des finances et des éventuels biens de la Confrérie. Par ailleurs, le Grand Maître porte le souci de collecter les cotisations.
Et aujourdhui... ?
Ribeauvillé a le privilège dêtre la seule et dernière paroisse dAlsace à avoir toujours sa Confrérie de la Raydt. Son avenir est entre les mains des chrétiens de Ribeauvillé dont les anciens sont encore nombreux à compter parmi ses membres. Il faut cependant reconnaître que les jeunes générations, gagnées comme ailleurs par la déchristianisation ambiante, est peu consciente de laisser se perdre un trésor de générosité et de ferveur spirituelle légué par les anciens.
Force est de reconnaître que les objectifs dentraide et de solidarités sont, et nous ne pouvons que nous en réjouir, relayés par les organismes sociaux.
Restent les bienfaits spirituels et le soutien de la prière solidaire pour les vivants et les défunts ainsi que lattention aux détresses qui ne sont pas toujours prises en compte par ailleurs.
La survie et la vitalité de la Raydt de Ribeauvillé sont, aujourdhui entre les mains des Confrères et Consurs actuels qui sont appelés à une fidélité accrue
- à la prière pour les membres défunts
- à une solidarité effective et manifeste envers les membres souffrants ou dans la peine
- pour être des soutiens effectifs et solides de la vie paroissiale grâce à un engagement actif dans lun ou lautre service de la communauté ainsi que le font déjà certains de leurs membres.
Toute personne qui souhaiterait en savoir plus ou encore, qui désirerait entrer en contact avec la Confrérie, est invitée à sadresser à lactuel Raydtschaffner, M. Pierre Gerig, ou encore au presbytère de Ribeauvillé.